Qu’on ne s’y trompe pas : derrière un titre on ne peut plus banal se cache un merveilleux texte de Léo Barthe, alias Jacques Abeille. Un style d’une grande finesse irrigue ce récit singulier, autour d’une irrésistible attirance sexuelle entre le narrateur – un journalier plutôt farouche – et une bergère, (très) jeune femme sauvage, éprise d’une liberté rarement acquise aux filles de paysans, dans cette France d’un temps indéterminé qu’on situe, vaguement, dans la première moitié du 20e siècle. S’aiment-ils ? Oui, sans doute. Mais c’est d’abord une frénésie qui les anime, comme s’ils se libéraient l’un l’autre d’une gangue d’habitudes et de conventions. On a qualifié ce roman de pornographique. Il l’est, assurément. Les scènes sont crues et les fantaisies érotiques des amants dépeintes avec un réalisme qui ne laissera pas le lecteur, ou la lectrice, indifférent(e)… Attention, cependant, aux qualificatifs trop réducteurs. Derrière la grivoiserie, un drame se noue, terrible. Le journalier rejette toute idée de chaînes. Pourtant, lui seul peut maîtriser la nature indomptable qu’il a révélée chez sa bergère. Le veut-il ? A trop tergiverser, qui sait ce qu’une nature débridée peut accomplir… Merci aux éditions du Tripode (à qui l’on doit, entre autres, le prix Renaudot 2018 avec Le sillon de Valérie Manteau) d’avoir repêché cette perle étrange et fascinante !

> Disponible au 2e étage, rayon Romans (R BAR)