Son nom n’est guère connu. Et pourtant, Bessie Smith fut sans conteste la plus grande chanteuse de blues que l’Amérique ait connue. La biographie que lui consacre Stéphane Koechlin (co-fondateur du magazine Rock & Folk) est passionnante. Croisant les faits aux témoignages laissés par les contemporains de l’artiste, le journaliste évite soigneusement le piège des extrapolations excessives comme celui de l’hagiographie assommante. Il suit la vie de Bessie Smith d’aussi près que possible, depuis sa naissance en 1894 dans le Tennessee, jusqu’à sa mort tragique en 1937. Le tout forme une fresque fascinante, quasi cinématographique (et l’on s’étonne presque que le 7e art ne lui ait consacrée qu’un téléfilm, remarquable semble-t-il), avec sa trame ségrégationniste, une fratrie très tôt livrée à elle-même, la passion du chant et du spectacle, la force incroyable de son héroïne, non seulement pour s’imposer comme artiste femme, noire et pauvre, mais encore pour se hisser au sommet d’une gloire que personne d’autre n’atteindra. Les musiciens prestigieux qui l’ont côtoyée (Louis Armonstrong, Sidney Bechet, notamment) le reconnaissaient : Bessie Smith incarnait littéralement le blues, cette bande-son de toutes les peines mais aussi de tous les espoirs. Elle était la voix des siens, frères et sœurs, tout un peuple qu’une Amérique blanche, à quelques exceptions près, prenait soin de rendre invisible, et ils sont rares ces exemples d’artistes pour lesquels la communion avec le public fut à ce point fervente. Bref, plongez-vous dans cette vie, dans cette époque, dans cette destinée brillamment reconstituées, vous en ressortirez, c’est certain, avec un petit supplément d’âme.

> Disponible au 1er étage, rayon « Documentaires musique » (781.92 SMI)

Vous pouvez également emprunter le double CD retraçant son parcours musical au 1er étage, rayon CD « Jazz, blues » (1 SMI).