Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, le monde des séries télévisées était dominé par les productions américaines (et, plus discrètement, anglaises). Les scénaristes de nos Navarro, Alice Nevers et autres commissaire Moulin étaient des petits mickeys, à côté.

En 2015, Eric Rochant et Canal + font irruption et bousculent cette petite distribution des rôles, avec Le bureau des légendes, une série en 4 saisons (une cinquième est en cours de réalisation) qui met en scène et en situation(s) une branche des services secrets français chargée des « clandé », ces agents qui opèrent sous « légende », autrement dit sous couverture. On reconnaît la patte d’Eric Rochant qui avait déjà brillamment exploré le genre avec Les patriotes, un long-métrage autour du Mossad. D’emblée, il impose un cadre très actuel (le Proche-Orient, déchiré par les guerres civiles et Daesh) et un rythme, loin de James Bond. Dans le calme feutré des bureaux aux cloisons transparentes de la DGSE, entre réunions de travail et déjeuners au self, on manipule, on exploite les « sources », on cherche, on trouve parfois, on cible et on écarte. Sans états d’âme, hormis envers celles et ceux de la maison. Et malheur à qui s’écarte de ce chemin balisé par la raison d’État… N’allez pas croire que la violence est absente des épisodes qui déroulent une intrigue nerveuse autour de la trahison d’un agent. Elle est omniprésente. Presque intenable si, pour le malheur de la DGSE et notre soulagement, le traître ne se révélait pas, progressivement, humain au sens noble du terme, avec ce que cela représente de pureté, de faiblesse, d’errement et de courage.

C’est véritablement excellent et tous les comédiens sont à la hauteur, avec une mention spéciale à Mathieu Kasovitz dont la palette de jeu témoigne, s’il en était besoin, de son talent de grand comédien.

> Disponible au 1er étage, rayon DVD (FA BUR)

 

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